Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française
Je me suis tue : roman (Littérature Française) Details
Du fond de sa cellule de la maison d'arrêt des femmes à Fresnes, Claire nous livre l’enchaînement des faits qui l’ont conduite en prison : l’histoire d’une femme victime d’un crime odieux. Elle a choisi de porter seule ce fardeau. Les conséquences de cette décision vont se révéler dramatiques. Enfermée dans sa solitude, Claire va commettre l’irréparable. Le mutisme sera sa seule ligne de défense, et personne, ni son mari, ni ses proches, ni la justice ne saisira ses motivations.Cette tragédie moderne est servie par une narration fluide et efficace.

Reviews
Claire n'a pas du tout envie d'aller chez les amis d'Antoine, ces « Vincent et Chloé, leur famille parfaite, leur conversation assommante et leur cuisine sophistiquée. » La soirée tire en longueur. Après le fromage, dessert et après le dessert, digestifs. Et ça, non. C'en est trop. Claire prend congé et, comme Antoine a besoin de la voiture, loue un vélib. Arrivée aux quais de la Seine, elle doit emprunter un souterrain peu engageant et là... En quelques secondes, sa vie bascule. Tout aurait pu être différent si elle avait parlé. Mais elle s'est tue.C'est une libraire du Furet Louvain-la-Neuve qui conseille les romans de Mathieu Ménégaux. ?uvres terribles qui partent d'un fait banal, quotidien, pour se transformer en une mécanique implacable. Je ne connaissais pas cet auteur et, comme je suis curieuse, j'entame son premier roman.En épigraphe, un extrait de l'Antigone d'Anouilh, une pièce que je connais presque par c?ur. Il y oppose drame et tragédie. On sait donc, d'entrée de jeu, qu'il ne faudra rien espérer. Une fois lancée, la machine avance, inéluctablement. Il n'y aura pas moyen de l'arrêter.Comme prévu, à peine l'histoire entamée, je ne pourrai la lâcher. Je vais lire jusqu'au bout, en transes, en apnée, tétanisée. On sait déjà que chaque étape en entraînera une autre, inexorablement. Que la fin sera terrible. Ce qu'on ne sait pas, c'est qu'elle sera pire encore que ce à quoi on s'attendait. On en aura la chair de poule. Ce roman, c'est sûr, on ne l'oubliera pas. Il nous hantera certainement longtemps.Tout au long du récit, le lecteur est enfermé dans la tête de Claire, la narratrice. Elle a certainement fait quelque chose de grave, puisqu'elle est en prison, dès la première page. Et pas seulement en prison, à l'isolement. Cela fait deux ans qu'elle est enfermée. Elle ne sort que pour les besoins de l'instruction. Elle a tout perdu, même son identité. « Entre ces murs, ni courtoisie, jamais de « Madame », ni prénom ». Elle est réduite à un numéro de matricule, parfois un nom. Celui d'épouse. Elle entreprend d'écrire une confession pendant la nuit, puis, au matin, « c'est décidé, c'est la belle. » Vu la situation, on a compris comment elle pourra s'évader.Ce récit froid, glacé, glaçant, est régulièrement entrecoupé de courts (parfois seulement deux ou trois mots) extraits de chansons. Claire aime beaucoup la musique et a développé une bonne mémoire. Chaque situation de la vie évoque pour elle un de ces airs qu'elle a coutume de fredonner. Ainsi, le roman est accompagné d'une véritable bande-son, dont on trouvera les références en fin de volume, mais, malheureusement, pas dans leur ordre d'apparition, de telle sorte que je ne peux pas toujours associer la mélodie et son auteur. Parfois aussi, et même si Claire précise que, sauf pour les chansons, elle a mauvaise mémoire, elle se réfère à des films dont elle se souvient, qu'elle a aimés, tels « Délivrance » ou « La vie est un long fleuve tranquille ».Selon moi, cette écriture sans concessions, cette histoire atroce, cette dureté de la vie, d'Antoine, de la protagoniste elle-même, seraient-elles impossibles à supporter pour le lecteur si, comme Claire, il ne pouvait pas, de temps en temps, s'évader à travers quelques notes, se rappeler, grâce à elles, d'autres moments vécus et qui, eux, ont été heureux.Ce livre, je l'ai trouvé fort, âpre, terrible. C'est un des meilleurs que j'ai lus. Je le recommande donc sans hésiter.


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