Kamis, 06 Februari 2020

Bouvard et Pécuchet

Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française

Bouvard et Pécuchet Details

En 1872, dans une lettre à son amie Mme Roger des Genettes, Flaubert ne cachait pas ses intentions de nuire : "je médite une chose où j'exhalerai ma colère. Oui, je me débarrasserai enfin de ce qui m'étouffe. Je vomirai sur mes contemporains le dégoût qu'ils m'inspirent, dussé-je m'en casser la poitrine ; ce sera large et violent." Ce fut le roman des deux bonshommes : deux greffiers s'installent à la campagne pour se consacrer au savoir dont ils explorent tous les domaines. Puis le dégoût les saisit et ils reviennent à leur occupation première : copier. Interrompu par la mort de Flaubert en 1880, Bouvard et Péruchet est le livre de toutes les vengeances, croisade encyclopédique contre la bêtise universelle, fable philosophique à la fois comique et "d'un sérieux effrayant", la plus radicale peut-être et la plus impitoyable de toutes ses oeuvres. Mais le roman contient un secret : la formule d'une métamorphose qui convertit la bêtise en lucidité et l'assujettissement en libération.

Reviews

Ici, on suit le parcours de Bouvard et Pécuchet, deux copistes parisiens, naïfs et médiocres, dans le sens de moyen, qui après une rencontre fortuite, se lient d'amitié et partent pour la campagne, avec l'héritage de Bouvard et les économies de Pécuchet.Cette situation est prétexte pour Flaubert, à travers ces deux héros, à expérimenter les différentes facettes de la pensée, des sciences, de la morale, la politique, la littérature, la religion, l'éducation etc. pour en extraire une réflexion profonde, ironique et impressionnante d'érudition et de travail de recherche.Chaque expérimentation et lecture enrichit nos deux héros, mais apporte également, à travers leurs échecs et l'écueil de la réalité, de nouveaux questionnements et de nouvelles désillusions.Ce roman empêche l'affirmation, tant la réflexion est profonde et subtile, et rend d'ailleurs nos deux héros totalement sceptique, puis progressiste ou réactionnaire, entre autres choses ,en fonction de leurs oublis et de leurs états d'âmes et d'esprits.Tel un Dostoïevski, Flaubert a l'honnêteté de donner les meilleurs arguments de chaque vision du monde, et nous, en tant qu'habitant du XXI. siècle, nous avons l'expérience des résultats des combats idéologiques décisifs qui se réalisaient à son époque et les différents renversements dialectiques actés.Flaubert est un véritable idéaliste, mais ne peut également se départir de l'honnêteté face à la vérité, à la réalité de l'Homme et de sa condition.Le roman s'achève par les notes de Flaubert, entrevoyant une dernière sentence de la part de nos deux héros, chacun représentant les deux possibilités d'avenirs, les deux visions du monde qui s'opposent, traditionnel et progressiste, puis par le retour de nos deux compères à leur première occupation qu'est la copie, pour boucler la boucle et trancher la question de l'idéalisme par un verdict négatif.Un comique vient de la frénésie des deux compères, à vouloir tout savoir, tout expérimenter, et surtout de leur incompréhension, mais chaque nouvelle étude enrichit leur paradigme.De plus, chaque personnage qui entre en interaction avec nos deux héros est intéressant, possède une épaisseur, et entre dans le réflexion sur l"humain" dans toutes ces coutures et sa prévisibilité.On peut voir ce roman comme un démontage de la notion d'absolu, celle de toute les certitudes conformistes et la bêtise humaine ordinaire, mais également de toutes les minorations, par ignorance, par manque d'une transmission.pour illustrer la qualité de la réflexion de Flaubert, on peut citer par exemple le passage sur le beau. lorsque nos deux héros étudient la notion de beau, après avoir recherché les interprétations et les différentes visions du beau qui ont produites, Flaubert achève cette passionnante réflexion par cette conclusion : Le goût a beaucoup avoir avec l'intérêt, la nécessite. Dans cette sentence toute la médiocrité (toujours dans le sens de moyen) humaine et sa prévisibilité se retrouve. L'Homme est dominé par des émotions inconscientes impossible à dominer pour la majorité.Et la connaissance n'est qu'une question nécessité, ce qui fit dire à Baudelaire : "la nécessité, la vraie mère de l'intelligence". On est que ce que l'on a profondément besoin, envie.Toutes ces afféteries qui caractérisent si profondément l'Homme éternel, capable de grandeur et de bassesse, à travers n'importe qu'elle vision du monde, et de plus en plus pollué par l'abstraction.Ce roman est véritablement sous-estimé, et si l'éducation sentimentale m'a plus touché que ce roman, par son sujet, ce roman par son ambition encyclopédique et sa profondeur de réflexion doit vraiment être replacé comme un grand roman de la littérature Française. De plus, ce roman se rapproche le plus de la volonté de Flaubert de faire "un roman sur rien", en tout cas quand aux péripéties, car ce roman est très riche par son contenu en réflexions.Ce livre est une satire réaliste sur la vérité pure et simple, qui selon les mots de Oscar Wilde : "est très rarement pure et jamais simple".Je conseille vivement ce roman, pour son originalité et son ambition immense, arche qui vogue sur une mère de sueur, empli des créatures de l'expérience décomposée.

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